« Raisons et folies diagnostiques »

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Un colloque organisé sur Zoom par L’AFPEP-SNPP, le samedi 8 mai 2021...

L’AFPEP-SNPP et STOP-DSM présentent « Raisons et folies diagnostiques », une conférence sur Zoom, le 8 mai 2021: " En toute situation, notre culture privilégie une culture expertale univoque, plutôt que le débat équivoque. En médecine, en psychiatrie et particulièrement en psychiatrie infanto-juvénile, la soi-disant expertise remplace la pensée clinique. "

« Que me demande-t-on, au juste ? Si je pense avant de classer ? Si je classe avant de penser ? Comment je classe ce que je pense ? Comment je pense quand je veux classer ? » Georges Perec, pris dans un vertige de contrainte nous interroge. Le classement est scientifique, médical, psychiatrique. Aujourd’hui, il est aussi une contrainte sociale et politique.

Trente ans plus tard, Perec aurait pu écrire : classer pour ne pas penser, ne plus penser ? Penser implique un doute, une confrontation avec l’inconnu. Classer est un acte qui arrête cette incertitude. Notre temps connait une folie taxinomique qui progressivement s’est mise au service du « Big data » : désigner, dénommer, classer, intègrent des catégories hétéroclites dans les banques de données à visée statistique. L’objectivité de la dénomination prévaut sur la singularité d’une nomination subjective. Ainsi fixées, les choses et les êtres sont assignés dans une identité, assujettis à un discours et n’ont plus besoin d’être pensés dans leurs diversité et complexité.
 
La promotion de l’Evidence Based Medecine nord-américaine, une médecine basée sur des « preuves » et non sur la clinique, a multiplié les diagnostics symptomatiques qui installent de nouvelles normes et conduisent à des traitements protocolisés négligeant l’écoute du patient. Elle a son pendant en psychiatrie avec le développement taxinomique sans fin du DSM 5 : sa prétention a-théorique a ruiné l’esprit théorico-clinique qui avait marqué en Europe et aux Amériques, la psychiatrie et la psychanalyse de la première moitié du XXème siècle.
Il est temps de faire le point, sans dogmatisme, sur les vertus et les errements diagnostics dans notre domaine. Les psychiatres de la génération d’après-guerre, formés à la psychanalyse freudienne, se sont méfiés d’une nosographie qui faisait peu de cas de la structure psychique et qui renforçait la discrimination dont les fous étaient victimes. L’essor ultérieur de la pharmacopée, puis de la génétique, ont donné l’espoir, finalement déçu, d’un traitement symptomatique. L’abolition d’une pensée clinique sur l’individu au profit de la statistique sur les cohortes s’est mise au service de Big pharma. Au symptôme désigné, officialisé par son entrée dans le DSM 5, correspond un traitement fourni par l’industrie en lien avec la puissante administration bureaucratique.
En toute situation, notre culture privilégie une culture expertale univoque, plutôt que le débat équivoque. En médecine, en psychiatrie et particulièrement en psychiatrie infanto-juvénile, la soi-disant expertise remplace la pensée clinique.
 
Les psychanalystes, souvent arcboutés sur leurs théories, qui ne sont plus enseignées à l’Université, peinent à faire comprendre leurs pratiques cliniques, tant auprès du public qu’auprès de leurs jeunes collègues psychiatres.

Programme de la journée
 
9 h : Accueil
9 h 15 : Introduction Jean-François Solal
Psychiatre des hôpitaux honoraire, pédopsychiatre, psychanalyste, membre de la Société de Psychanalyse Freudienne, membre de STOP-DSM
 
9 h 30 : Le diagnostic en psychiatrie : hier, aujourd’hui et demain
Président de séance : Guy Dana, Psychiatre, Psychanalyste, Ancien Président du cercle freudien
Intervenants : Patrice Charbit, Psychiatre, Président d’honneur AFPEP-SNPP                        
Aude Fauvel, historienne de la médecine, maître de recherches et d’enseignement à l’Université de Lausanne
Hervé Guillemain, maître de conférences université du Mans,
Ghilhem Fouetillou, Co-fondateur de Linkfluence, Professeur associé à Sciences-Po
Réaction de Guy Dana
 
12 h 00 : Pause
 
13 h 00 : Que faire des diagnostics ? Comment penser la clinique aujourd’hui ?
Président de séance : Elie Winter, Psychiatre, Secrétaire Général AFPEP-SNPP
Intervenants : Nicolas Gougoulis, Psychiatre, Psychanalyste, membre de STOP DSM
Thierry Toussaint, Psychiatre, Psychanalyste, Secrétaire Général Adjoint AFPEP-SNPP
Vincent Henry, Interne en Psychiatrie            
Catherine Le Berre, Interne en Psychatrie, Psychanalyste
Jean-Jacques Tyszler, Psychiatre, Psychanalyste, membre de STOP DSM
Suivi d’un débat
15 h : Pause
15 h 10 : Que devient l’enfant des nouvelles classifications ?
Président de séance et introduction : Tristan Garcia-Fons, Pédopsychiatre, Psychanalyste, membre de la SPF, membre de STOP DSM.
Intervenants : Louis Sciara, Psychiatre, Psychanalyste, Médecin Directeur de CMPP, membre de l’ALI
Benoit Blanchard, Pédopsychiatre exerçant en CMPP
Christine Gintz, Psychiatre, Psychanalyste, S.G du RAAHP, mère d’un jeune adulte autiste
Loriane Bellahssen, Psychiatre, Psychanalyste, médecin chef d’HDJ
Suivi d’un débat
 
17 h 15 : Conclusion : Patrick Landman, Psychiatre, Psychanalyste et membre de STOP DSM
Patrice Charbit, Psychiatre, Président d’honneur AFPEP-SNPP

 
17 h 30 :     fin de la journée

Participer : https://us06web.zoom.us/j/86155868641?pwd=clVOSHh5YlA2SWg1TVpPMlZ1bngydz09