Garçons et filles face aux troubles des apprentissages

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Ouverture de la 19e journée de La clinique des apprentissages (CLINAP) en mars 2017 sur la problématique de l’échec scolaire, dissimulant en réalité, une fracture sexuée. Comment dès lors analyser les données chiffrées allant en ce sens ? Le bilan psychologique de l’enfant et de l’adolescent reste un outil majeur d’analyse de ces problématiques et de soutien aux mesures de prévention, d’éducation, et parfois de soin, impliquées par cette réalité. Caroline Hurvy et Marie-Laure Durand, travaillant par ailleurs au CMPP Denise Weill, ont proposé aux participants le cas d'une jeune fille : « Johanna, 12 ans : retard intellectuel ou inhibition ? Le féminin et le caractère en question ».

Les chiffres l’affirment sans qu’on s’en émeuve vraiment : la fracture sociale, facteur reconnu de décrochage scolaire, dissimule une « fracture sexuée ». En effet, en France, l’échec scolaire, qui commence par une moindre réussite dans l’apprentissage de la lecture et l’écriture, est majoritairement masculin (2/3 de garçons pour 1/3 de filles) ; constat qui recoupe la prépondérance des consultations en pédopsychiatrie pour les garçons.

Il en est de même en matière de troubles des apprentissages où les garçons constituent la majorité des 5 % d’enfants dyslexiques.                                                                                                   A l’heure d’un volontarisme affiché quant aux luttes contre les violences faites aux femmes, ne pourrait-on faire un lien entre le sexisme ordinaire et l’échec des garçons ?
Mais les difficultés commencent avec l’analyse de ces données au sein desquelles le traditionnel débat entre nature et culture bat son plein. Aux explications génétiques innéistes des uns, concernant une fragilité biologique et développementale des garçons, s’opposent les explications sociales sur les stéréotypes de genre des autres. Pour autant, C. Chiland, dès ses premiers travaux sur les problématiques de genre, avait proposé des jalons pour une « psychopathologie différentielle des sexes ». Elle y soutenait l’existence d’une interaction entre l’équipement biologique et les exigences culturelles, perspective aujourd’hui démontrée par les neurosciences.
L’approche clinique psychodynamique s’intéresse aux modalités de construction actuelles et aux variations différentielles du connaître, apprendre, penser au masculin et au féminin, affirmant l’irréductibilité sexuée de l’être humain et de son fonctionnement psychique.

  • « Johanna, 12 ans : retard intellectuel ou inhibition ? Le féminin et le caractère en question. », l'intervention de  C. Hurvy et  M.L Durand que vous pourrez bientôt trouver in extenso dans un ouvrage intitulé « Garçons et filles face aux apprentissages » aux éditions In Press.

            Johanna consulte au CMPP pour des difficultés scolaires importantes persistant depuis plusieurs années malgré de nombreuses aides scolaires et orthophoniques ; tous les 2 ans elle a changé d'établissement scolaire du fait de son faible niveau, et ses parents l'ont finalement inscrite dans une école privée depuis un an. Sa lenteur, ses difficultés de compréhension - notamment des consignes, persistent et inquiètent. Son professeur principal insiste sur une inhibition majeure, et une absence de réaction exaspérante face aux remarques ou aux mauvaises notes qui laissent Johanna totalement indifférente. Les choses semblent glisser sur elle.

            Lors de la première consultation au CMPP, où elle est accompagnée par ses parents, la consultante note  « qu'il flotte un sentiment de malaise » à propos de ses capacités intellectuelles, car ses parents les mettent en doute. En contrepoint, son frère aîné âgé de 16 ans est cité plusieurs fois comme ayant, lui, des capacités. S’il rencontre lui aussi certaines difficultés, c’est parce qu’il n’utilise pas les capacités dont il dispose pourtant. L'idée d'un « équipement de base » différent chez leur fille ou leur garçon est présente d'emblée dans le discours de ces parents : est-ce inconsciemment en lien avec la différence des sexes ?

            La mère de Johanna la décrit comme rapide et vive dans la petite enfance, elle a parlé et marché tôt, mais maintenant elle « s'éteint », dit-elle. « Même au quotidien, elle ne sait pas faire des phrases ». Inversement, le frère a été renfermé jusqu'au CM2, mais depuis il « s'éveille ». Il est actuellement en BEP « logistiques et transports ». L'image d'un « passage de relais » à la sortie de l'enfance entre fille et garçon est troublante, comme si Johanna et son frère n'étaient pas vraiment différenciés. Sur plusieurs points frère et sœur sont décrits comme étant l'inverse l'un de l'autre et ce par les deux parents, ce qui évoque les deux faces d'une même médaille.

Autre défi pour Johanna, sa mère est retournée à « l'école » cette année, car elle prépare un Bac-Pro en ...« logistique et transports » !

            L'investissement intellectuel et la réussite scolaire sont très investis par cette famille dont l'histoire a été marquée par des débuts difficiles, entre déracinements et migrations. Madame est originaire d’un pays de l’Est qu’elle a quitté pour des raisons politiques. Elle ne parlait pas français en arrivant en France. Monsieur a été orphelin jeune et a grandi dans diverses familles d’accueil .

Avant d'aborder le parcours thérapeutique de Johanna et son évolution, voici quelques éléments issus du bilan psychologique effectué au début de sa prise en charge.

Lire la suite : bientôt chez InPress