Comité rédactionnel associatif

L’animal dans l’adolescent, échapper à son espèce pour mieux approcher la liberté, transformer la laideur en beauté ?

L’adolescence, le processus pubertaire, les transformations qu’il engendre, que l’enfant ne peut refuser, ni même remettre à plus tard, qu’il subit comme une étape obligatoire à franchir, à traverser, malgré les douleurs qu’elle implique. Le corps qui change de forme, de format, qu’on ne sait plus comment habiller, que certains cherchent à cacher, que d’autres exhibent. Le corps que l’on ne reconnaît plus, qu’il faut accueillir comme un visiteur étranger, qu’il faut adopter comme un autre que soi. Je me souviens d’un été très chaud de mon adolescence, je ne sais pas quoi faire de ce corps qui a muté depuis peu. Malgré la chaleur accablante, je le cache sous un imperméable en gabardine de coton noir, qui me fait transpirer comme dans un sauna. A vouloir dissimuler cette forme qui me dérange, je la rends encore plus bizarrement visible, je la mets en scène de manière incongrue : on me regarde avec perplexité et insistance, je m’exaspère de ne pouvoir disparaître.

L’adolescence est une métamorphose douloureuse, voire monstrueuse. On le sait que la chenille (ingrate) deviendra un (joli) papillon, que le corps et le psychisme retrouveront une forme et un équilibre, mais en attendant le processus pubertaire les rend transitoirement monstrueux, en ajoutant à la morphologie de l’enfance des excroissances que l’adolescent perçoit comme des excès, des défauts, des anormalités.

Avec l’image du monstre et le concept de la métamorphose vient la référence au monde animal qui offre bien plus de diversité concernant les formes, les textures, les couleurs du corps que le monde des humains. Ainsi les comparaisons entre adolescents et animaux sont nombreuses dans les sciences, l’art et la culture. Voici, par exemple, comment Françoise Dolto, avec ses mots très justes, décrit l’expérience pubertaire : « Les homards, quand ils changent de carapace, perdent d’abord l’ancienne et restent sans défense, le temps d’en fabriquer une nouvelle. Pendant ce temps-là, ils sont très en danger. Pour les adolescents, c’est un peu la même chose. Et fabriquer une nouvelle carapace coûte tant de larmes et de sueurs que c’est un peu comme si on la ‘suintait’. Dans les parages d’un homard sans protection, il y a presque toujours un congre qui guette, prêt à le dévorer. L’adolescence, c’est le drame du homard »[i].

Du côté de la littérature, la célèbre Métamorphose[ii] de Kafka donne une version tragique de cette étape de la vie. La transformation du jeune homme en insecte l’enferme dans une solitude irrémédiable et une passivité très grande, deux mots (maux) qui lestent le discours des adolescents. Quand Kafka décrit la difficulté de l’insecte à s’extraire de son lit, cela résonne sans aucun doute avec la douleur de nombreux adolescents qui, recroquevillés sous leur couette un lundi matin, cherchent à puiser le courage d’en sortir dans un réservoir vide : «Il voulut d’abord sortir du lit par le bas du corps, mais cette partie inférieure de son corps que d’ailleurs il n’avait encore jamais vue et dont il ne parvenait pas à se faire une idée précise, s’avéra trop difficile à mouvoir ; tout cela bougeait si lentement ; et quand enfin, exaspéré, il se poussa brutalement de toute ses forces en avant, il calcula mal sa trajectoire et vint se heurter violemment à l’un des montants du lit, et la douleur cuisante qu’il éprouva lui fit comprendre que la partie inférieure de son corps était peut-être pour l’instant la plus sensible ».

Après le homard et l’insecte, vient la truie… Marie Darrieussecq écrit un roman d’apprentissage du passage à l’âge adulte : Truismes[iii]. Le récit commence par l’interdit de la mère à ce que sa fille sorte au moment même où l’adolescente reconnaît les premiers signes de transformation de la puberté. La narratrice passe d’une espèce à une autre par une transformation plus progressive, plus insidieuse, que celle de la métamorphose brutale de Kafka. La jeune fille raconte très bien l’ambivalence des adolescents à l’égard de leur corps, de ses nouvelles potentialités, de ce qu’ils aimeraient pouvoir maîtriser, en vain : « Je me voyais dans la glace et j’avais, pour de bon, des replis à la taille, presque des bourrelets ! Maintenant ce souvenir me fait sourire. J’avais essayé de réduire les sandwichs, j’en étais même arrivée à ne plus manger le midi, tout ça pour continuer à grossir. Les photos des mannequins dans la parfumerie m’obsédaient ». Marie Darrieussecq décrit l’expérience pubertaire comme douloureuse, certes, mais aussi comme un parcours vers la construction de l’identité et d’un espace individuel de liberté. La rencontre avec l’animal à l’intérieur de soi permet à l’adolescent de sortir de la communauté pour trouver un espace psychique propre : « Pour revenir en paix dans les lois de l’espèce, il faut d’abord trouver son lieu », explique Marie Darrieussecq dans un entretien[iv] autour de son roman.

C’est ainsi que les romanciers et les artistes peuvent raconter l’adolescence comme un processus de création et partir de cette expérience éprouvante pour fabriquer une œuvre. C’est le projet que Hervé Gergaud[v] a mené avec les adolescents de l’IME Cerep-Phymentin : « L’animal intérieur ».  Le regard du photographe ouvre une fenêtre, invite le double animal à s’exposer devant ses yeux, le fait basculer grâce au travail de la sublimation de la laideur à la beauté. Il fabrique une nouvelle image qui n’est ni le reflet inerte renvoyé par le miroir, ni le reflet vivant que l’on cherche dans les yeux des autres : une image élaborée, ornementée, mise en scène. Ce qui reste habituellement caché à l’intérieur, tapi dans l’ombre, dissimulé aux regards de l’autre, peut enfin se présenter sans réserve. Le travail esthétique donne une voie d’expression à la partie animale, plus ou moins monstrueuse, que chaque adolescent abrite à l’intérieur de lui en essayant désespérément de la domestiquer.


[i] Françoise Dolto, Catherine Dolto, Colette Percheminier, Paroles pour adolescents, ou le complexe du homard, Paris, Gallimard jeunesse, 1999.

[ii] Franz Kafka, La métamorphose, 1915.

[iii] Marie Darrieussecq, Truisme, Paris, POL, 1996.

[iv] Entretien avec Marie Darrieussecq, La lettre de l’enfance et de l’adolescence, 2005/1, n°59.

[v] Hervé Gergaud, photographe et retoucheur d’images, anime différents « ateliers-portraits » pédagogiques sur l’image de soi.

👉Anne Brisson, le 23 novembre 2022, pour l’association Cerep-Phymentin

Et si Greta avait changé le paradigme du diagnostic en psychiatrie 

Crise du climat/crise de la psychiatrie, même combat ? Ces deux grands sujets de société font l’objet d’un même traitement : des cris d’alarme montent inlassablement du terrain jusqu’aux sphères dirigeantes, mais une fois la clameur arrivée tout là-haut, elle ne déclenche aucune décision politique porteuse de réels espoirs de changement. Comme de hurler dans le désert ou de lancer une bouteille à la mer… L’énergie des soignants au chevet de la planète d’un côté et du psychisme de ses habitants de l’autre, pour dénoncer les catastrophes existantes et à venir, semble dépensée à corps perdu.

Il y a des combats qui se sont déjà combinés pour augmenter le volume de la clameur. L’écoféminisme en est un bon exemple, avec son articulation entre pensée féministe et pensée écologiste. Ce courant philosophique, éthique et politique s’appuie sur l’idée qu’il existe des similitudes et des causes communes entre les systèmes de domination des femmes par les hommes et de surexploitation de la nature par les humains. Une combinaison, qui comporte sans doute des écueils, mais qui est utile quant à ses possibilités d’action.

Alors quelles résonances possibles entre climat et psychiatrie ? Cette question déclenche très vite l’émergence d’un souvenir, tel un message précieux dans un flacon balloté par les flots : une intervention de Bruno Falissard[1] sur les troubles neurodéveloppementaux[2] et les classifications psychiatriques en général. Son discours est intelligent et lumineux, sa réflexion se déploie tranquillement, à partir de son socle de connaissances, pour déconstruire certaines représentations théoriques qui parviennent à s’imposer sans forcément avoir pensé à consolider leurs propres bases. Heureusement qu’il existe encore des chercheurs qui retracent l’histoire des idées. Dans sa présentation, un exemple de combinaison entre climat et psychiatrie s’incarne dans une jeune fille : Greta Thunberg[3].

Bruno Falissard commence par souligner la disparition du mot « psychiatrie » au profit du mot « neurologie » avec la mise en avant des TND (en gros l’autisme, l’hyperactivité et les troubles des apprentissages). Le concept de TND décrit la maladie mentale « comme une anomalie du développement du système nerveux central qui conduit à un fonctionnement mental déviant »[4]. Pourtant les personnes qui présentent de tels troubles ne se reconnaissent pas dans cette définition adossée à la neurologie. A commencer par Greta Thunberg qui dit que son autisme est un super-pouvoir. Bruno Falissard décrit alors la « rupture phénoménologique » entre ce qui relève de la psychiatrie et ce qui n’en relève pas. Aujourd’hui l’autisme n’est plus défini par le DSM 5 et, de manière plus générale, les mots du diagnostic n’appartiennent plus seulement aux psychiatres. L’autisme est d’abord une façon d’être au monde, un peu particulière certes, et ne devient une maladie qu’en fonction du « continuum de sévérité ». Par conséquent, les personnes autistes ne veulent pas changer d’identité, elles veulent simplement que les autres les comprennent. Du côté de la psychiatrie, il ne faut donc pas chercher à soigner l’autisme, mais avant tout la souffrance qu’il peut engendrer.

Mais qui est donc Greta Thunberg ? Elle est très connue sous son identité de militante écologiste, propulsée sur le devant de la scène internationale depuis 2018. Mais avant cela, à l’âge de onze ans, elle traverse un épisode dépressif en lien avec des angoisses intenses concernant le réchauffement climatique. Elle est alors diagnostiquée autiste Asperger. Elle se dégage de la dépression et lance des mouvements de grève devant le parlement suédois, puis refuse d’aller à l’école tous les vendredis. Rapidement médiatisées, ces grèves hebdomadaires, « Fridays for Future », sont suivies dans de nombreux pays, dans plus de 250 villes à travers le monde fin 2018. Greta Thunberg n’a alors que 15 ans, elle est en classe de 3e, mais elle fait la couverture du Time qui lui décerne le prix de la personnalité de l’année et elle est classée dans les 100 femmes les plus influentes au monde.

La notoriété de Greta Thunberg, sa visibilité dans le monde donne une caisse de résonance importante à son tweet du 31 août 2019 : « Je suis Asperger et cela veut dire que je suis parfois un peu différente de la norme. Et, dans les bonnes circonstances, être différent peut être un super-pouvoir ». Elle ajoute : « Je n’ai pas annoncé que j’avais été diagnostiquée pour me cacher derrière cela, mais parce que je sais que beaucoup de gens ignorants voient toujours cela comme une maladie ou comme quelque chose de négatif. Et croyez-moi, mon diagnostic m’a déjà imposé des limites ».

C’est alors que son engagement pour le climat vient se combiner avec la crise de la psychiatrie. Une crise qui touche les concepts et derrière eux ce que l’on soigne ou pas en psychiatrie. Ainsi, les angoisses de Greta Thunberg concernant la planète ont mis à jour ses fragilités psychiques et conduit au diagnostic de son autisme. En retour son engagement pour le climat lui permet de proposer au monde entier sa propre définition de l’autisme, et par là-même un changement de paradigme qui remet au goût du jour la phénoménologie. Et comme le souligne Bruno Falissard : Qui pourrait dire à Greta Thunberg que « son fonctionnement mental » est « déviant » alors qu’elle est « la personne qui va peut-être faire que la planète aille mieux dans les dix, cinquante, cent ans qui vont arriver » ?


[1] Bruno Falissard est pédopsychiatre, enseignant de santé publique à la faculté de médecine Paris-Saclay, directeur du CESP (INSERM), ancien président de l’IACAPAP.

[2] On retrouve certaines parties de sa présentation dans le texte suivant : https://vif-fragiles.org/les-mots-de-bruno-falissard.

[4] Définition de Michael Rutter pour les troubles neurodéveloppementaux.

👉Anne Brisson, le 19 octobre 2022, pour l’association Cerep-Phymentin

 

Ethique du savoir, éthique du sujet ?


Dans le rapport d’activité de l’association Cerep-Phymentin en juin dernier, Bernard Golse écrit : « Sur le plan institutionnel, je tiens à saluer ici le professionnalisme impressionnant des équipes du Cerep, leur engagement sans faille ainsi que leur éthique du savoir et leur éthique du sujet qui, bien sûr, ne sont pas toujours facilement superposables ». Cette phrase aurait bien pu servir de sujet pour le bac de philosophie 2022 ! Parce que l’enjeu n’existe plus (j’ai déjà mon bac), mais que le plaisir du jeu reste vivant, je me laisse tenter par l’épreuve…

 
Ce qu’évoque Bernard Golse résonne manifestement avec un texte de Daniel Marcelli, « Ethique du savoir, éthique du sujet… Le travail du pédopsychiatre », publié dans la revue Contraste, Enfance et handicap, « Savoir, ne pas savoir », n°9, 1998.

Les 25 ans qui séparent ces deux réflexions ne sont pas venus à bout de la problématique qu’elles soulèvent. L’insistance pour que les connaissances soient validées scientifiquement et que les objectifs thérapeutiques tendent vers la normalité représente un danger pour la notion de soin, même si le « Care » est devenu à la mode, même si certains philosophes essaient de réintroduire le courant humaniste dans les institutions de soins.

Dans son article de 1998, Daniel Marcelli s’interrogeait sur les rapports entre le soin et la connaissance. Être soignant, quand on soigne la souffrance psychique, c'est mélanger inlassablement des matériaux ni complètement miscibles ni hétérogènes : les concepts théoriques, les données cliniques, une certaine connaissance de soi-même, pour ouvrir un espace de pensée où le discours des patients fait l’objet d’une quête de sens. Marcelli explique très bien que pour soigner, il faut avoir acquis et organisé un certain nombre de connaissances, mais qu’elles ne suffisent pas à « être soignant ». Le savoir est sans effet thérapeutique en dehors d’une relation d’accompagnement avec sa dimension transférentielle.

Daniel Marcelli évoque aussi la recherche en pédopsychiatrie en insistant sur un paradoxe : on peut définir ce qui entrave le bon développement d'un enfant sans pour autant pouvoir saisir les conditions les meilleures qui garantiraient le développement le plus équilibré. L'éthique de la recherche doit donc articuler, en cherchant à garder l’équilibre, l’éthique du sujet et l’éthique du savoir pour éviter que cette dernière ne se transforme en éthique de la normalité.

L’autre risque est que la souffrance du sujet prenne le pas sur l’intérêt pour le symptôme, avec un enlisement de l’éthique de la recherche dans l’éthique du sujet. L’empathie pour la souffrance entrave alors complètement les objectifs de la recherche et masque l’idée que le symptôme est une création pour trouver un aménagement à la souffrance.

Daniel Marcelli souligne ensuite que les recherches évacuent le sujet singulier, car le « vrai » serait du côté du nombre. Les rencontres avec les patients, les histoires cliniques qui nous donnent tant à penser ne permettent plus d'élaborer des concepts validés scientifiquement. Pourtant, dans le champ de la santé mentale, ce sont bien les récits des patients qui stimulent l'appareil psychique des soignants, qui mettent en route leur curiosité intellectuelle et leur désir de comprendre. Les théories psychanalytiques se sont méticuleusement construites sur ce qui se dégageait de commun et de différent dans les histoires singulières des patients. Les notions sont constituées de ces liens inextricables entre ce que la pensée du soignant fabrique à partir de ce que produit le psychisme du patient. Et c’est pourquoi l’on ne peut séparer l’éthique du savoir de l’éthique du sujet.

Finalement, si ces deux éthiques ne sont pas facilement superposables, comme l’écrit Bernard Golse, c’est parce que les soignants doivent les faire tenir ensemble comme dans un jeu du tir à la corde sans gagnant… avec l’idée de garder la tension entre les deux équipes sans jamais chercher à faire chuter l’une ou l’autre !

La réflexion autour de cette problématique continue, comme le montre le programme de la journée doctorale du PCPP, « L’éthique à l’épreuve de la pensée psychanalytique » qui aura lieu le 24 septembre 2022.

👉Anne Brisson, le 19 septembre 2022, pour l’association Cerep-Phymentin

 

►►La capacité à développer un questionnement éthique est un sujet qui sera évalué lors de l’évaluation des établissements médico-sociaux. Anaïs Coudrin, directrice générale adjointe de Cerep-Phymentin - Septembre 2022

Plus précisément, sur le volet éthique, les attentes sont : la formation des professionnels et le partage en équipe sur les questionnements éthiques à partir de situations vécues dans l’accompagnement de la personne. Les évaluateurs vérifieront dans le dossier usager la trace de ce questionnement propres à son accompagnement. Première publication par la HAS du référentiel national pour évaluer la qualité dans le social et le médico-social (2022) : consulter le document.

 

Autoportrait d'Anne Brisson, nouvellement venue chez nous : un autre regard porté sur nos activités et la promesse d'échanges fructueux...

Anne Brisson, psychologue depuis toujours ou presque !...

A 16 ans, je tombe sur Freud, au programme du cours de philosophie. La découverte de l'inconscient, du mien et de celui des autres, bouleverse complètement mes représentations du monde et ouvre des trouées intelligibles dans le brouillard qui m'enveloppe. Je suis aussi impressionnée par l'homme, Freud, qui n'hésite pas à dévoiler sa vie psychique, ses souvenirs, ses rêves, ses actes manqués, ses pensées inavouables, pour expliquer comment se construit et se remanie sans cesse sa théorie.

Les études de psychologie sont une évidence, à Paris 7 pour son orientation psychanalytique assumée. Diplômée à 22 ans, avec quelques heures de stages pour toute expérience clinique, je ne me sens pas très aguerrie pour trouver un poste en institution.

Mais de nombreuses fées, tous genres confondus, se sont penchées sur le berceau du bébé psychologue : je commence à travailler pour l'association À l'aube de la vie (Serge Lebovici et Bernard Golse), puis Carnet Psy (Manuelle Missonnier) et le Bulletin de la Waimh francophone. Après quatre années dans l'édition et mon installation en libéral, mon expérience institutionnelle débute à la Guidance infantile telle qu'elle a été façonnée par Michel Soulé et son équipe. Le dialogue entre clinique et théorie est un flux permanent, tandis que l'élaboration circule, non sans conflit, mais sans barrage au sein de cette équipe pluridisciplinaire. Les références théoriques tricotées avec les éléments cliniques et l'ouverture sur les recherches actuelles font socle.

Quand on a la chance de travailler dans un service aussi vivant et créatif, on y reste le plus longtemps possible, jusqu'à ce que les remaniements administratifs et les transformations du soin en psychiatrie par les nouvelles formes de management rendent l'engagement clinique intenable. 

Partie vers d'autres territoires institutionnels, l'opportunité de participer au comité de rédaction du Cerep-Phymentin me permet de retrouver le socle et de construire de nouvelles pistes de réflexion.
Avant de conclure, je partage avec vous cette proposition de Sameroff et Emde (psychiatres et chercheurs) qui me semble intéressante pour toute forme de travail en commun : « Notre stratégie de consensus nous a procuré certains avantages, mais elle comportait aussi des inconvénients parmi lesquels l'influence potentielle et excessive de la pression sociale en faveur d'un accord. Pour contrer cette tendance, nous avons été très attentifs à ne pas passer sous silence nos divergences d'opinion » (Les troubles des relations précoces, Paris, PUF, 1993). C'est dans cet esprit que j'espère contribuer à préserver et faire vivre des espaces de pensée et des groupes de travail qui peuvent encore s'exprimer librement.

👉Anne Brisson, le 20 juin 2022, pour l’association Cerep-Phymentin

Quelques livres qui ont marqué ma formation universitaire et dont les titres à eux seuls sont des invitations à la réflexion :

  • Psychopathologie de la vie quotidienne, S. Freud
  • Jeu et réalité : l’espace potentiel, D. Winnicott
  • L’amour et la haine, M. Klein et J. Rivière
  • L’effort pour rendre l’autre fou, H. Searles
  • Plaidoyer pour une certaine anormalité, J. McDougall
  • Le moi-peau, D. Anzieu
  • Fantômes dans la chambre d’enfants, S. Fraiberg