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07/01/2026

Une journée pas comme les autres au Babylab

Le 19 décembre 2025 s’est levé tôt au Babylab Cerep Phymentin — et nous avec lui. Avant 9 heures, le lieu respirait déjà l’effervescence feutrée des jours pleins : préparer l’expérience « bébé danseur » avec Thierry Lafont, ajuster les derniers détails, déplacer un tapis, vérifier un câble, anticiper les arrivées. Cette chorégraphie discrète de l’avant-scène, si familière, avait quelque chose de joyeux.

Une journée pas comme les autres au Babylab

Avec Thierry, entre deux réglages, la conversation glisse vers une bonne nouvelle : le retour enthousiaste de l’article accepté pour publication.

On s’en réjouit simplement, comme on le fait ici — sans éclat inutile, mais avec ce sourire qui dit que le travail patient trouve parfois son écho.

La matinée s’étoffe encore avec la visite de Mark Nilles, psychologue venu de Bruxelles. Une présence attentive, curieuse, chaleureuse. Petite scène savoureuse : une professionnelle de la crèche, en passant, propose d’ajouter le nom du Babylab dans l’ascenseur. Un geste minuscule, presque invisible, et pourtant si parlant — le Babylab qui s’inscrit doucement dans le quotidien des lieux, au fil des rencontres.

Puis arrive Marie Nilles, avec son petit Pablo dans les bras.

La veille encore, elle soutenait sa thèse de doctorat à l’Université Paris Cité, sous ma direction. On échange, on rit, on parle de futures recherches, et il faut aussi penser à envoyer les photos de la soutenance au jury. La recherche circule ainsi : entre générations, entre statuts, entre un bébé qui observe et une docteure toute fraîche.

Les réunions s’enchaînent avec cette densité qui ne pèse pas. Avec Anouk, stagiaire, nous choisissons des vidéos issues du partenariat avec le Centre d’art Contemporain Mille Formes. Avec Mariana, doctorante, nous avançons sur le dossier pour le comité d’éthique. Avec Peng, nous entrons dans les méandres méthodologiques du projet. Chaque échange a sa tonalité, sa rigueur, son élan propre.

La pause déjeuner arrive comme une respiration bienvenue : toute l’équipe se retrouve au restaurant les Arbustes, tenu par des réfugiés.

Les plats sont simples, généreux, et la table devient un lieu de partage où l’on parle d’autre chose, ou parfois encore de bébés, mais autrement.

À peine revenus, la journée nous réserve une surprise : deux candidates, étudiantes en licence à l’université UPMC (Paris VI), sonnent à la porte pour un stage. Elles sont accueillies avec la même attention que tout le reste. Un entretien improvisé s’ajoute au programme, naturellement, comme si la journée avait gardé une place pour l’inattendu.

À 15 heures, une réunion particulièrement stimulante réunit Thierry Lafont et Lauraine Dufour, du Centre Pompidou, autour du projet « BB expose ». Les idées circulent vite, se répondent, s’ouvrent. On sent là cette articulation si précieuse entre art, recherche et clinique, qui fait battre le cœur du Babylab.

Entre deux rendez-vous, la machine à café tombe en panne. Drame minuscule. Moment collectif surtout : on démonte, on teste, on rit, on insiste. Elle finit par repartir, et ce café partagé a le goût d’une petite victoire d’équipe.

La fin d’après-midi continue sur le fil de la communication avec Clara, stagiaire, puis une discussion approfondie avec Peng et Thierry autour des séances et des registres de l’expérience danse. Et encore : des bébés arrivent avec leurs familles pour la passation de la recherche sur l’accent avec Claire, stagiaire.

Le Babylab vit pleinement, jusqu’au bout.

Il est 19h45 quand nous pouvons enfin fermer à clé. Juste avant, un SMS à Véronique pour fixer un rendez-vous de travail pendant les vacances. Et à cet instant précis, une pensée s’impose : aujourd’hui, cela fait vingt ans que j’ai soutenu ma propre thèse de doctorat.

Vingt ans plus tard, quel plaisir intact de travailler dans la recherche, de former des chercheurs, et de le faire autour du bébé. Une journée intense, oui — mais surtout une journée pleine, habitée, et profondément heureuse.

Erika Parlato, directrice du Babylab