Éditorial
🖋 Chers lecteurs,
Dans nos institutions comme dans la société, interdire est devenu un geste délicat. Trop d’interdits, et l’on craint l’autoritarisme. Pas assez, et l’on redoute le chaos.
Car interdire n’est pas seulement dire non. C’est engager une parole. Une parole qui limite, certes, mais qui, surtout, ouvre un espace. L’interdit trace une frontière pour rendre possible quelque chose du sujet.
Il ne vise pas à contraindre pour contraindre, mais à soutenir une construction.
Encore faut-il savoir ce que l’on interdit, pourquoi on interdit et comment on le dit.
Dans nos pratiques, nous le constatons chaque jour : un interdit sans adresse devient violence ; un interdit sans cohérence devient inopérant ; un interdit sans parole devient incompréhensible.
À l’inverse, un interdit porté, expliqué, incarné, peut devenir structurant. Il introduit du manque, donc du désir. Il rend pensable ce qui, sinon, resterait agi.
Mais il y a plus troublant encore : nous jouons avec les interdits. Nous les contournons, nous les négocions, nous les transformons.
Les enfants le savent bien. Ils explorent la limite autant qu’ils la cherchent. Obéir ne fait pas un sujet, mais se confronter à l’interdit, oui.
Alors faut-il interdire davantage ? Autrement ? Mieux ?
Peut-être faut-il surtout réhabiliter l’interdit comme acte relationnel. Non pas comme une barrière froide, mais comme une adresse vivante.
Un « non » qui tient, parce qu’il est porté par un « je » – un adulte engagé, situé, responsable.
Bonne lecture