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26/06/2026

Rapport d’activité 2025

Éloge du creux et du manque

Le titre choisi pour ce rapport d’activité 2025 du Cerep-Phymentin est à mes yeux absolument magnifique : Jeux, Rêves, Réalité.

Jouer, rêver, prendre en compte le réel (et s’y cogner parfois comme disait J. Lacan), n’est-ce pas là le vif de notre travail institutionnel et de la nécessaire créativité qui s’y attache ?

Rapport d’activité 2025

Le mot du président : Bernard Golse

D.W. Winnicott a eu cette phrase superbe :

« Comprenons qu’avant d’être le don de certains, la créativité est un fait sans lequel il n’y a pas de vie psychique, mais seulement une survie, pas d’existence, mais une habitude qui s’entretient de ses automatismes, indifférente à la vie comme à la mort. »

Créer c’est jouer, créer c’est rêver, créer c’est aussi être réaliste mais créer c’est penser tout simplement et se représenter nos désirs et nos fantasmes.

Dans le monde qui est le nôtre et qui s’avère particulièrement brutal en ce moment, il importe, me semble-t-il, certes de s’indigner et de résister mais aussi de proposer et de créer.

De ce point de vue, s’occuper de la vie psychique des bébés, des enfants et des adolescents est sans doute l’une des meilleures choses que nous puissions faire et c’est en quoi nos métiers de soignants en pédopsychiatrie sont parmi les plus beaux métiers du monde !

Mais la pédopsychiatrie est aujourd’hui en danger car elle cherche à se passer de la rencontre, à singer la neuropédiatrie (aussi respectable que soit cette discipline, elle diffère profondément de la pédopsychiatrie par son modèle spécifiquement médical), à devenir surtout technologique et finalement à cliver dangereusement le diagnostic du soin dans la perspective d’un développement de centres dits experts dont chacun connaît évidemment les limites.

Que deviennent alors nos jeux, nos rêves et notre vision de la réalité en matière de soin psychique ?

En fait, tout ceci est en partie le fruit de notre tendance fondamentale au clivage.

Sur le fond de l’éternel clivage corps /psyché (d’où découle le clivage entre organogénèse et psychogénèse des troubles mentaux), a vu le jour ensuite le clivage entre une clinique de l’instant « t » (celle de l’évaluation) et une clinique de l’histoire (celle du soin psychique) et aujourd’hui nous assistons à un nouveau clivage entre la saturation d’un côté et le creux ou le manque d’un autre côté.

Le néolibéralisme est du côté de la saturation (tout savoir, tout pouvoir, tout maîtriser, tout réguler…) et son principal ennemi est tout naturellement l’inconscient[1] car le conflit intrapsychique risque toujours de faire hésiter le consommateur ou le producteur.

La psychiatrie, la psychopathologie, la psychanalyse et les sciences humaines en général sont en revanche du côté du creux et du manque dans lesquels s’enracinent, précisément, les processus de transmission et la créativité.

Peut-on jouer sans qu’il y ait un manque à gagner ?

Peut-on rêver sans qu’il y ait un manque-à-jouir ?

Peut-on affronter le réel sans qu’il y ait un manque à combler ?

Ces trois questions nourrissent le fonctionnement de nos établissements et de nos institutions et c’est en quoi le titre donné à ce rapport d’activité me parle profondément.

En rédigeant ces quelques lignes, deux phrases occupent aujourd’hui mes pensées, deux phrases que j’ai envie de partager ici.

D’une part, celle de Francis Scott Fitzgerald :

« On devrait pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir, et cependant être décidé à les changer »

D’autre part celle de François Jacob à propos du XXe siècle :

« Le siècle qui se termine a été préoccupé́ par les acides nucléiques et les protéines. Le prochain se concentrera sur la mémoire et le désir.

Serons-nous capables de répondre aux questions qu’ils posent ? » (In : La logique du vivant. Une histoire de l’hérédité)

La première peut sembler pessimiste mais au fond elle ne l’est pas.

La seconde peut sembler trop optimiste…

Nos rêves, nos jeux et notre réalité commune nous permettent de naviguer tous ensemble entre ces deux caps.

Merci à vous toutes et à vous tous.

Merci aux équipes.

Vive le Cerep-Phymentin !

[1] B. Stiegler, Il faut s’adapter, Gallimard, Coll. « BRF essais », Paris, 2019

 

La couverture du rapport d’activité 2025

Métaphore graphique expliquée par Anne Brisson, membre de notre comité rédactionnel

« La culture ne va rien sauver, mais elle peut empêcher la barbarie de s’emparer du monde » – Martial Raysse, artiste, sculpteur et réalisateur, né en 1936.

Cette phrase de Martial Raysse, artiste et sculpteur, résonne, ou plutôt trouve un autre développement, avec celle de Bernard Golse :  » Cerep-Phymentin ne changera pas le monde mais il peut changer le destin de certains enfants qui eux, peut-être, changeront le monde !  ».

Nous voici donc tous réunis autour d’un même objet, la créativité, alimentée par le plaisir de penser et de transmettre entre générations. Accompagner et soigner les bébés, les enfants et les adolescents, c’est à la fois leur proposer des outils pour penser et se laisser traverser en retour par leur élan vital à peine entamé, à l’état brut.

Soutenons l’énergie des plus jeunes avant que les épreuves et le principe de réalité ne ratiboisent leurs initiatives.

Transmettre les connaissances, favoriser les capacités autoréflexives et encourager la créativité dès les premières étincelles sont les meilleures remparts contre la désolation.

Et si la terre ne nous suffit pas, il nous reste l’univers comme terrain d’exploration aussi vaste, illimité et immatériel que nos rêves.

En avant pour les jeux partagés et l’aventure collective !

*Illustration de couverture réalisée par Aurèle Assoun, élève artiste aux Beaux-Arts de Paris, né en 2005.

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