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27/01/2026

Écouter les bébés

Un tournant pour la clinique du très jeune enfant. Le Babylab commence l’année en fête !

Écouter les bébés

La soutenance de thèse de Marie Nilles, à l’Université Paris Cité, marque pour notre équipe un moment fort, à la fois scientifique, clinique et collectif.

Il s’agit de la première thèse soutenue au sein du Babylab. Un premier jalon, fondateur, qui vient reconnaître la fécondité d’un travail patient où se tressent soin, recherche et transmission.

Réalisée sous ma direction, et avec la présence de Bernard Golse parmi les membres du jury – dont l’engagement historique pour la reconnaissance de la vie psychique du bébé a profondément transformé la pédopsychiatrie française – cette thèse s’inscrit dans une filiation clinique exigeante tout en ouvrant des perspectives nouvelles pour la clinique psychanalytique précoce.

Ce qui frappe d’emblée dans cette recherche, c’est son exigence méthodologique.

Marie Nilles s’est engagée dans une micro-analyse minutieuse de vidéos de séances de prises en charge psychanalytiques parents-bébé. Image par image, geste par geste, regard par regard, elle donne à voir ce qui, trop souvent, échappe aux descriptions globales : les micro-événements relationnels, les ajustements toniques, les rythmes partagés, les infimes déplacements qui constituent pourtant la matière même du soin.

Ce choix méthodologique a une portée clinique et politique majeure.

Il permet de rendre visible l’efficacité des prises en charge psychanalytiques — une efficacité qui se loge moins dans l’interprétation verbale que dans la transformation progressive de la rencontre. Là où certains continuent d’opposer psychanalyse et évaluation, son travail montre que l’on peut documenter, transmettre et démontrer la finesse opératoire d’une clinique du lien. Il rend partageable ce qui, bien souvent, demeure invisible : le travail du transfert, de l’accordage, de la co-construction du sens.

Mais l’apport de cette thèse ne s’arrête pas là.

Elle propose également un déplacement éthique décisif : reconnaître la souffrance psychique du bébé au présent, sans la réduire à un simple indicateur de risques développementaux futurs.

Trop souvent, le bébé est pensé à travers le prisme de la prévention, comme un adulte en devenir. Nous vous invitons à un changement de perspective : le bébé souffre maintenant, il éprouve maintenant, il est déjà sujet. La clinique ne peut attendre l’avenir pour légitimer son attention.

Enfin, ce travail affirme avec force la multimodalité du langage du bébé.

Le bébé parle — mais pas seulement avec des mots. Il parle avec son corps, son tonus, ses silences, ses rythmes, ses détours du regard, ses initiatives motrices, ses adresses sensorielles. Cette pluralité de formes expressives exige du clinicien une écoute élargie, presque polyphonique. Écouter un bébé, c’est apprendre à lire une partition corporelle et affective complexe.

En cela, cette recherche représente pleinement l’esprit du Babylab : faire dialoguer la clinique vivante, la recherche rigoureuse et l’invention de nouvelles façons d’être à l’écoute des tout-petits et de leurs familles.

En France, nous avons déjà conquis une idée essentielle : parler aux bébés.
Nous savons désormais l’importance de leur adresser des mots, de les reconnaître comme interlocuteurs.

Mais une étape reste à franchir.

Après avoir appris à leur parler, il nous faut maintenant apprendre, véritablement, à les écouter.

Et c’est peut-être là l’une des tâches les plus exigeantes — et les plus nécessaires — de la clinique contemporaine.

Erika Parlato-Oliveira

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