Qu’est-ce qu’une émotion ?
Quand nous abordons les émotions, c’est souvent parce qu’elles débordent.
Elles ne sont pas rationalisables. L’émotion va à l’encontre de ce qu’on considère comme humain, comme raisonné, réfléchi, de l’ordre du sujet pensant.
Elle nous ramène presque à notre état animal.
Du latin “movere”, l’émotion traduit un mouvement. Elle s’exprime à travers le corps, mobilise le sujet tout entier. Et la raison a beau intellectualiser, le mouvement ne s’arrête pas.
Elles sont là, font partie de nous.
L’émotion a toujours questionné, et retrouve ses origines dans la philosophie.
Les premières traces de théorisations remontent au moins à Platon qui avait déjà divisé la psyché humaine en trois parties :
- La cognition = la faculté de connaître
- L’émotion = l’homme est l’esclave de ses passions
- La conation = l’homme est tenu d’effort
Puis, ont suivi des siècles d’écriture et de travaux de réflexion sur les émotions, qu’il nous sera difficile de restituer. Notre conception actuelle trouve ses racines dans les travaux naturalistes de Darwin (1809-1882).
Dans son ouvrage Les expressions des émotions chez l’homme et chez l’animal, de 1872, il postule que les modes d’expression de l’émotion se sont constitués au cours de l’évolution en vue de la communication. Ainsi, il démontre, que transmettre des émotions à l’autre permet la vie en société.
Quelle est la nature de nos émotions ?
Les travaux réalisés depuis dans ce domaine ont discerné neuf émotions : colère, joie, surprise, dégoût, tristesse, honte, peur, plaisir, intérêt.
Et chacune d’entre elles comporte cinq composantes : permettons-nous de faire le parallèle avec les tout-petits.
- Évaluation cognitive des stimulations ou situations : limitée chez le bébé qui, malgré ses capacités perceptives et sensorielles admises, ne peut assimiler immédiatement tous les percepts. C’est durant sa première année, qu’il donne du sens à son environnement, en comprend son fonctionnement, il reconnaît, classe, apparie. C’est vers ses 3 à 6 mois qu’il va pouvoir exprimer des émotions telles que le rire, la colère, la peur. Et seulement vers 2 ans, la honte ou l’envie.
- Physiologique d’activation : représente les réponses viscérales, musculaires, humorales, de nature endocrinienne. Les réactions physiologiques sont quantifiables (fréquence cardiaque augmentée, pression sanguine, taux d’hormones) et caractérisent telle ou telle émotion suivant son intensité.
- Nous menons des recherches qui témoignent de ces réactions physiologiques émotionnelles dès la naissance. Avec par exemple celle menée au Babylab Cerep-Phymentin sur le stress chez le nouveau-né.
- Expression motrice : correspond aux cris, gestes, postures, mimiques que nous pouvons observer dès les premiers jours de vie, avec les réactions de sursaut présentes chez les nourrissons : « réflexes archaïques », « réflexe de Moro » (réflexe de préhension).
- D’ébauche d’action/préparation du comportement : sidération ou fuite, réaction d’anticipation. Pas encore objectivable chez nos bébés ? Elle se développe et s’automatise selon les premières expériences subjectives avec son environnement.
- Subjective : correspond aux affects, aux états-d ’âme à la nuance subjective de l’individu.
Ainsi, pour le tout petit d’homme, à qui l’on n’attribue pas encore de raison, l’émotion est élémentaire.
Bébé a-t-il peur ? Et si oui de quoi ?
Pour le bébé, la perception sensorielle est première, le monde est d’abord vécu, ressenti, éprouvé. Bien avant la symbolisation et la verbalisation. Ainsi, ce sont les parents qui donneront du sens à cette confusion, et qui vont restituer des vécus plus digestes, et “nourriciers”. (Bensoussan, 2023)
Freud insistera également sur l’influence de la peur dans la vie pulsionnelle et les désirs. Malgré sa grande et longue dépendance à son environnement, le bébé est mû par des pulsions de vie (autoconservation, liaison) et de mort (désorganisation, décharge, autodestruction). Il fera des liens à travers ses expériences de plaisir et de déplaisir, influencées par les représentations, les fantasmes, et les angoisses des parents et adultes référents. Par la suite refoulés avec l’amnésie infantile.
La première année de vie peut être bien plus animée de conflits et de peur qu’on ne le croit, le tout-petit est partagé entre un sentiment de toute puissance et une détresse extrême. Le bébé peut avoir peur lorsqu’il y a des variations, des changements, ou des nouveautés dans son environnement, (bruits inattendus, mouvements), qui le laisseront bien souvent en cris ou en pleurs. Il craint également de perdre ses appuis, de tomber. En somme peur de perdre cet autre qui lui procure un sentiment de sécurité, la personne d’attachement.
Mais, devons-nous pour autant protéger et préserver le bébé de tout et de tous ? Si nous partons du postulat qu’elle est vectrice de changement et de construction. Elle permet aussi la différenciation, la compréhension et la mémorisation des objets de l’environnement (incluant les figures d’attachement). Il résulte à l’adulte de permettre un cadre sécurisant d’explorations pour l’enfant. Que ses émotions émergent de ses propres expériences au monde. C’est en expérimentant que le bébé va découvrir et ressentir la colère, la joie, la surprise, le dégoût, la tristesse, la honte, la peur, le plaisir, l’intérêt. Et c’est parce qu’il ressent qu’il explore.
Bernard Golse, “Entre affect, émotion, sentiment et sensation”
Bernard Golse, professeur émérite de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, psychanalyste et entre autres président de notre association, avait développé son idée des émotions dans un article de la revue spirale n°107 “Le bébé et les émotions”, édité en 2023. Selon lui, il est primordial de différencier les termes d’affect, d’émotion, de sentiment et de sensation.
L’émotion prend source dans la région limbique (activation coordonnée du cortex orbito-frontal, hippocampe, thalamus, et l’amygdale, en lien avec les noyaux gris centraux). Mais elle est déclenchée par le changement dans la manière de vivre une relation, ou d’être en relation.
Quant à la sensation, elle est physiologique, conséquence directe d’une perception physique externe, à contrario du sentiment qui ne se présente pas comme une manifestation réactionnelle”.
En psychanalyse, “L’affect se vit au niveau de l’individu” tandis que “L’émotion se partage”.
“Je dirais volontiers que les émotions participent fondamentalement d’un mouvement vers autrui, tandis que les sentiments et les affects se situent sans doute davantage sur le plan d’un éprouvé ou d’un ressenti interne” (Damasio, 1996 ; Golse,2006).
Il poursuit son propos et précise que les affects et les émotions sont donc progressivement perçus de manière plus en plus dynamique. Il partage cette théorie avec Bion (1897-1979), pour qui les émotions et affects valent en eux-mêmes comme un premier mode d’appréhension et de connaissance de l’objet.
Enfin, le Pr Golse évoque la notion “d’émotionalisation des sensations” théorisée par G. Haag, comme le désir précoce du bébé de partager ses émotions avec autrui.
Elle insistait sur leur dynamique intense qui lance quelque chose de soi vers l’autre. Elles s’inscrivent dans le développement de l’enfant, qui passe de l’affect dans le registre de l’être (théorie des pulsions) à l’émotion dans le registre de l’existence (théorie de la relation d’objet).
Comment les émotions sont perçues en structure ? Comment accueillir les émotions des jeunes enfants ?
Entretien avec Françoise Monteil, directrice de la crèche thérapeutique Cerep-Phymentin.
Qu’est-ce qui vous est venu quand je vous ai contacté pour notre entretien au sujet des émotions ?
C’est une question en plein cœur de notre pratique et sur laquelle nous travaillons en ce moment pour le projet pédagogique. On a commencé les analyses de pratique l’année dernière et on s’est dit que ce qui nous manquait encore dans l’équipe c’était la cohérence des pratiques. Parce qu’on accueille souvent de nouvelles professionnelles, certaines ont 20 ans d’expérience et d’autres un an, deux ans.
Et en travaillant avec l’approche piklérienne, c’est d’autant plus important. Nous travaillons avec la référence alors la question de la cohérence avec la personne relais est très importante. Il peut y avoir des différences dans les pratiques, pas seulement dans les soins, mais justement dans la verbalisation ou l’accompagnement des émotions.
Vous diriez que les professionnelles de l’équipe n’abordent pas les émotions de la même manière ?
Les professionnelles savent qu’il faut accompagner les émotions, mais selon l’expérience, on ne va pas employer les mêmes mots, ni accompagner de la même manière. Il faut toujours reprendre les mêmes pratiques, que ce soit cohérent pour tout le monde. Et dans cette idée-là, j’avais reçu les professionnelles pour voir ce qu’elles voulaient travailler, les difficultés qu’il y avait encore sur le terrain.
Et la verbalisation faisait partie des choses à revoir. La question était : qu’est-ce qu’on dit aux enfants quand ils ne vont pas bien ? quand ils pleurent ? quand ils ont mal ? quand ils sont en colère ? Et d’autant plus chez les tout-petits. Par exemple, un enfant qui a un érythème fessier, qui hurle parce qu’il a mal.
De quelle manière être en empathie avec lui ? “Aïe, aïe, aïe, ça fait mal, ça fait mal.” Tout en grimaçant… Enfin voilà, qu’est-ce qu’on dit ? Je n’ai pas de conseil miracle, on va travailler la question mais j’ai des éléments de réponse quand même. Parce qu’on sait qu’on communique aussi par le non-verbal, par nos gestes et qu’on laisse transparaître nos propres émotions.
Et du coup, est-ce que ça va l’aider d’être trop dans la plainte ? C’est une question que l’on peut se poser. Mais en même temps, il faut aussi pouvoir verbaliser qu’il doit avoir mal et que l’on comprend. Et c’est ce qui va lui permettre de s’apaiser.
On le voit vraiment chez les grands, c’est cet accompagnement, quand il y a une grosse colère, qu’il y a une grosse frustration, qu’il faut réfléchir. Le fait de s’approcher de l’enfant, de se mettre à sa hauteur, de lui dire ce qui se passe. Évidemment, si on a pu voir ce qui s’est passé et qu’on peut le verbaliser.
Lui dire « Oui, tu voulais cet objet, je comprends. » Mais là, c’est tel enfant qui l’a, peut-être que tu peux lui demander s’il peut te le redonner. Et parfois quand les enfants se parlent à ce moment-là, le conflit peut s’arrêter.
Dans tous les cas, de dire ce qu’il se passe pour eux va faire descendre l’émotion et lui permettre d’être progressivement dans l’empathie. C’est vraiment la verbalisation des professionnelles et la contenance qui va permettre d’apaiser les tensions. Même chez les tout-petits, c’est très important. Quand on leur parle et qu’on est vraiment là psychiquement, on sent tout de suite qu’ils peuvent arriver à s’apaiser.
Avant qu’il y ait tout ce travail de cohérence des pratiques, vous observez des différences de gestion des émotions par les pros ? Certaines qui les laissaient vivre leurs émotions en “isolement” et d’autres qui les accompagnaient jusqu’à ce qu’ils se calment par exemple ?
Oui auparavant. Si ce n’est pas réfléchi et travaillé, on peut avoir des situations où les professionnelles disent de manière automatique “Oui, oui, je vois que tu pleures”, parce qu’on leur demande de verbaliser, mais elles ne sont pas vraiment là avec l’enfant.
Ou lors de la séparation à l’accueil le matin, on peut entendre : « Oui, je sais que tu as envie d’être avec maman, elle reviendra tout à l’heure. » en faisant autre chose en même temps, par habitude. On reprend l’importance de se mettre à la hauteur de l’enfant et d’être en empathie avec lui, avec ce qui se passe, de prendre le temps de lui expliquer et de communiquer. Et si ça dure on cherche des solutions.
Est-ce que vous avez des éléments de réponse pour gérer de grandes frustrations, des grandes colères de tout-petits ?
Oui, après, on sait que quand il y a une grosse colère, si on parle trop, l’enfant n’est pas capable d’écouter de toute façon sur l’instant. Les professionnelles peuvent aussi en parler plus tard avec l’enfant quand il s’est calmé un petit peu, par exemple dans la salle de change, quand elles changent sa couche, elles peuvent reprendre ce qui s’est passé et dire “J’ai vu que tu étais très en colère tout à l’heure” et mettre des mots sur le vécu.
Il faut travailler sur la spontanéité des professionnelles et des réactions de chacune. Parce que parfois, on a plus d’attirance pour un enfant que pour un autre, on travaille aussi avec nos émotions, notre interne. Pouvoir prendre du recul, pour qu’un enfant n’ait pas beaucoup plus de câlins qu’un autre, pour qu’on ne rejette pas l’enfant « difficile ».
On ne fait pas de bisous aux enfants, on ne donne pas de surnoms, on fait attention. On essaye d’avoir une distance professionnelle qui permette de ne pas être trop dans l’émotionnel et de se recentrer sur l’enfant. C’est compliqué d’avoir la juste distance. C’est pour ça qu’on travaille cette question.
Il y a des temps avec l’éducatrice de jeunes enfants, elle est dans l’observation d’une manière différente car elle n’est pas dans les soins. Et c’est aussi le travail de la psychologue. Parce que sinon, si on n’a plus de retour, on agit plus avec nos ressentis personnels.
Et de par vos expériences, les petits sont capables de parler de leurs accès de colère avec du recul ?
Oui, chez les plus grands, oui, ils arrivent bien, surtout quand ils entrent dans le langage verbal. Mais c’est toujours bien de leur en parler même s’ils n’arrivent pas à le verbaliser.
En me renseignant j’avais lu que certaines crèches avaient mis en place des pratiques comme les coins à colère ou les coussins à colère. Qu’en pensez-vous ?
Alors, j’ai vécu ça dans d’autres crèches. On avait créé et installé des images, des affiches pour dire “Là, tu es en colère, tu es comme le bonhomme tout rouge”. Donc, les enfants arrivaient bien à montrer et à nommer. Mais ici, on ne l’a pas fait, c’est peut-être à réfléchir plus tard, mais…
Peut-être que c’est parce que là-dedans, il y a une notion d’apprentissage des émotions. Accompagner en cohérence avec le vécu de l’instant me semble plus pertinent pour que cela ait du sens. Avoir des outils pour discuter des émotions, peut-être avec les plus grands, oui. C’est intéressant sur la dernière année. Mais jusqu’à présent on met l’accent sur l’accompagnement de l’émotion ici et maintenant. Être auprès de lui, quand il vit son émotion pour qu’il fasse le lien.
J’ai connu la boîte à colère, mais ça ne marchait pas forcément. Quand un enfant était très en colère, on lui disait « Tu peux crier dans la boîte ». Mais finalement, on s’est rendu compte que l’enfant qui est en colère, à ce moment-là, n’a pas envie d’aller crier dans la boîte. D’autres enfants vont surtout le faire parce qu’ils trouvent ça drôle. Et on se retrouve avec tout un groupe qui crie dans une boîte ! A cet âge il ne faudrait pas définir un lieu pour exprimer son émotion, je pense.
En tout cas, ça ressemble déjà à un apprentissage social. Il y a des choses qu’on a le droit d’exprimer ou pas le droit d’exprimer dans tel ou tel endroit
A la crèche, ils peuvent vraiment tout exprimer. Mais, je ne sais pas, on n’est pas fermé à l’idée d’avoir des outils. Je n’ai pas la théorie là-dessus, mais ce que mon expérience de terrain montre, c’est que les espaces dédiés à exprimer chaque émotion ne marchaient pas forcément. Après, dans les temps de lecture, les histoires évoquent les émotions et c’est très apprécié. Je pense que les enfants arrivent bien à les repérer.
Mais encore une fois je pense que c’est l’accompagnement de l’adulte qui va être là, présent, maintenant, tout de suite qui va aider l’enfant à apprivoiser ses émotions et finalement à mieux les gérer. Et par les mots et par la verbalisation, l’enfant va décoder ce qui vient de se passer. Parce qu’il peut ressentir une émotion, c’est fouillis, enfin, un peu confus et l’adulte va y donner un sens. Alors parfois, on se trompe, donc on fait attention. On ne dit pas : « Tu es en colère ».
On peut dire : « Je pense que tu es en colère, peut-être, parce que… ». Ça change tout, on n’affirme pas non plus, mais on sent que la tension redescend quand c’est bien accompagné.
Vous diriez que le travail commence d’abord par la compréhension de ses propres émotions en tant que professionnelle ?
Oui on ne prend pas toujours en compte nos émotions, mais c’est normal et ça s’accompagne. C’est quelque chose qui est très difficile à travailler, qui se travaille tous les jours. Enfin… Tout le temps.
On a des réunions une fois par semaine avec la psychologue qui permettent d’exprimer ce qu’on ressent par rapport à telle situation ou par rapport à tel enfant. Et il faut qu’on travaille, nous, sur nos émotions pour pouvoir justement être dans cette empathie. Parfois, il y a des enfants qui nous agacent. Être auprès des enfants toute la journée, c’est dur. Être très souvent dans le contrôle, rester calme quand un enfant vient nous frapper ou vient nous crier dessus.
Ces réunions doivent nous permettre d’extérioriser, et surtout de comprendre que si l’enfant se met en colère, ce n’est pas contre nous. C’est en lien avec la situation, par rapport au fait qu’il n’est pas encore capable de bien conscientiser les choses. Il n’a pas du tout la vision qu’on peut avoir, la capacité d’anticiper, de prendre du recul.
Ces discussions en équipe, nous permettent de prendre du recul et de pouvoir mieux accompagner les enfants. Si l’on n’a pas ces espaces de parole, et ces temps de réflexion, ça devient très compliqué d’accueillir les émotions des tout petits. Sans cette réflexion le travail n’est plus professionnel et de quoalité.
Comment est-ce que vous parlez des émotions, des réactions de l’enfant ou de son comportement en équipe ?
Grâce à l’observation d’un tiers, on décrit la situation et on croise nos regards. Parfois on est à côté de la plaque. On va leur dire, “Oui, tu veux ce jeu”, alors qu’on n’a pas vu qu’un enfant l’avait tapé juste avant. Donc c’est très important d’avoir plusieurs visions aussi. D’où l’importance du travail d’observation, c’est toute la journée, tout le temps.
Et est-ce qu’il y a des temps de réflexion sur les émotions avec les petits ?
Pas de manière instaurée. En tout cas, on n’y a pas encore réfléchi. On pourra y réfléchir pour les 2-3 ans, je pense. Mais sinon, non, c’est vraiment un accompagnement sur le moment.
Est-ce que vous avez des supports pour présenter le projet pédagogique aux parents ? Est-ce que dans le matériel de crèche ? les outils, les affichages, les contes, les histoires ? Observez-vous une ouverture et une meilleure prise en considération des émotions ?
On aborde les émotions plus qu’avant. Oui, j’ai l’impression dans les histoires, dans des livres. Souvent, on emprunte des livres qui parlent de colère, qui parlent de tout ce que traversent les enfants à cet âge-là. Et donc, les temps de lecture, ça permet aussi d’aborder le sujet. Surtout chez les plus grands, on voit bien qu’ils en reparlent après.
Pour les parents on met en place des cafés-parents avec la psychologue. Et les émotions pourraient tout à fait en être un thème cette année. Les parents peuvent parler de leurs difficultés, on peut aussi faire des affichages.
On avait créé un affichage l’année dernière sur les morsures parce qu’on en avait eu à ce moment-là. Et tant qu’il n’y a pas la verbalisation, que les enfants n’ont pas le langage, il peut y avoir des morsures.
Et donc, on avait échangé un petit peu avec les parents autour de ça. Mais sinon, on sent bien que les préoccupations des parents tournent beaucoup autour des grosses colères, ils ont vraiment du mal à gérer les colères. Donc là, on peut échanger avec eux sur notre manière de faire aussi.
Et qu’est-ce que vous dites ou conseillez à un parent dans ce cas-là par exemple ?
D’éviter le non. Parce que c’est très compliqué pour l’enfant à cet âge-là. Mais en même temps, il faut garder un cadre. Parce qu’il est très sécurisant pour l’enfant. On essaye de bien expliquer aux parents qu’être trop dans l’opposition peut intensifier les colères.
Essayer de verbaliser encore une fois, d’être dans l’échange. De proposer un choix à l’enfant, pour qu’il ait l’impression, lui, de décider. Ils ont besoin de faire par eux même, d’affirmer leur personnalité.
Parfois, il y a des petites astuces pour contourner un refus. On les laisse décider de la paire de chaussure qui sera portée « tu mets ces chaussures ou celles-ci” au lieu de dire « mets tes chaussures ». Et le fait de pouvoir décider leur donne une autonomie et confiance en eux.
Vous diriez que l’expression des émotions est plus marquée, plus distinguée chez les plus grands ? En tout cas, ressemblent davantage à l’expression des émotions chez les adultes.
Oui, les premiers mois, c’est surtout physiologique. Je pense que les pleurs, traduisent surtout la faim, l’inconfort. Et puis, le manque des parents. Mais moins en réaction aux autres enfants.
Au départ c’est compliqué de donner du sens aux pleurs, c’est pour ça qu’on prend le temps sur la période de familiarisation, à l’arrivée de l’enfant.
Apprendre à connaître, à s’ajuster et créer du lien avec le parent, pour être au plus proche des besoins de l’enfant et que ce soit cohérent pour lui.