Journée associative : Moïra Vassal

ime_moira_vassal.png

Journée associative : discours de Moïra Vassal, psychologue intitutionnelle à l'IME - Courroie de transmission

Avant mon arrivée à l’IME en avril 2019, j’ai travaillé en tant que psychologue clinicienne en CMPP, CMP et CATTP, en assurant des fonctions de consultante et de psychothérapeute mais pas encore celle de psychologue institutionnelle !

Forte de ces années d’expérience auprès d’enfants, d’adolescents et de parents présentant toutes les pathologies possibles, je me sentais en mesure de prendre ce poste pour accompagner le nouveau binôme de direction et l’équipe.
Sans cette expérience dense et riche de sa pluralité, je n’aurais jamais pu m’approcher ainsi d’une équipe, en écouter les souffrances, les grincements, les inhibitions et la créativité !

Transmettre, c’est partager ses expériences.

L’équipe meurtrie de son histoire passée m’a accueillie avec bienveillance et curiosité et laissée déambuler dans l’institution, m’ouvrant les portes des ateliers, répondant à mes questions, me présentant les jeunes.
Quel accueil !! Merci encore !

Je n’avais jamais travaillé en IME, tout était à découvrir et cet accueil si chaleureux des éducateurs et des jeunes m’a ouvert les yeux et les oreilles et m’a transmis une belle énergie créative pour accompagner la direction dans la construction du nouveau projet d’établissement.

Courroie de transmission donc, entre l’équipe, les jeunes, la direction.

Je n’ai pas vraiment de bureau attitré, je suis en perpétuel mouvement physique et psychique :

-En mouvement physique dans les couloirs beaucoup, les espaces interstitiels, la salle du personnel, l’espace café…

-En mouvement psychique lors des synthèses, des réunions cliniques, entretiens familiaux et dans les groupes thérapeutiques « Terre » et « Mythologie », lieux où se modèlent et se déposent les angoisses les plus archaïques mais aussi lieux d’émergence de la pensée !


J’écris souvent dans la « salle rencontres » pleine des bruissements des entretiens familiaux et des réunions cliniques.

J’écoute chacun, jeunes et professionnels et même les murs, refixant tel dessin ou affiche !
Faire circuler, donner à entendre l’écho des voix de chacun et trouver des voies de transmission et d’échanges. Penser les ombres et les rumeurs, ouvrir les fenêtres, éponger ! Éponger en effet car les fuites ne sont pas que symboliques !

Ce mot « transmission » a longtemps été un « gros mot » au sein de l’équipe !
Comment transmettre ?
Que transmettre ?  
« Où est le cahier de transmission !? ».
Renoncer à tout savoir pour laisser émerger une parole tranquille et s’autoriser à apprendre des uns et des autres.

Pour cela, il a fallu ouvrir certains tiroirs fermés arbitrairement à clé, vider les armoires, trier, dénicher la poussière mais surtout les talents !

Et encore et toujours Transmettre !
Restituer à chaque patient son histoire,
Expliquer à l’équipe, pour chaque patient : sa pathologie, ses symptômes, son mode de relation et les effets sur chacun de nous de ses projections, passages à l’acte, inhibition, dépression…
Transmettre ce qui se transmet en chacun de nous afin d’aller au-delà du déficit et trouver/créer des étincelles.

La mise en place de tous ces temps d’échanges, de transmission détaillée par Armelle Cadoret a permis que les synthèses cliniques hebdomadaires soient aujourd’hui le meilleur des moments de transmission :

Chaque membre de l’équipe nous donne à entendre comment il perçoit le patient dans chaque atelier qui constitue l’emploi du temps de ce dernier.
Le partage de cette « fresque clinique institutionnelle » est une surprise pleine de richesses où l’on découvre des facettes, des compétences, des modes relationnels inattendus pour chaque patient.
Et à chaque fois, les partenaires de soins extérieurs (CMP et CMPP) qui assistent à ces synthèses, venant parfois de l’autre bout de Paris, en repartent ravis, nourris pour poursuivre le suivi psychologique du jeune et de ses parents et trouver de l’énergie en ces temps menaçants le soin psychique !

Une défiance s’accroît, en effet, de manière inquiétante avec nos autorités de santé, nous sommes de moins en moins perçus comme des soignants, c’est- à- dire comme des transmetteurs de sens, des révélateurs de subjectivité et nous sommes appelés à n’être, et surtout dans le médico-social, que de gentils animateurs d’usagers.
Je ne veux pas monter dans ce train-là et je ne peux pas l’imaginer non plus pour les jeunes de l’IME et l’équipe éducative.

Quand je vois aujourd’hui la qualité de nos réunions de synthèse et leurs échos et bienfaits auprès de nos partenaires, quand je vois l’évolution de certains jeunes patients de l’IME, je ne peux me résoudre à obéir à nos autorités de santé.

Et je me dis que si nous parvenons à lutter, comme nous le faisons à l’IME tous ensemble contre les effets délétères du déficit, de la psychose ou de l’autisme, nous pouvons aussi lutter, tous ensemble, contre les politiques déficitaires, psychotiques et autistes de nos autorités de santé.

Moïra Vassal, le 22 mars 2024