Rapport d'activité 2021

Le mot de notre président, Bernard Golse

Être autiste n’est pas une partie de plaisir… mais sortir de l’autisme non plus !

D’une certaine manière, il en va peut-être de même du confinement et de ce point de vue, l’année 2021 aura été difficile quant à un retour progressif à la vie à la normale.

L’impact de la pandémie n’est pas encore entièrement mesurable, ni cliniquement, ni institutionnellement, ni sociétalement.

Sur le plan clinique, nous avons tous testé nos limites et la souffrance des patients et de leurs familles nous habitent encore.

Il aura fallu des trésors d’ingéniosité et de créativité thérapeutique pour maintenir un minimum de liens et de soins.

Sur le plan institutionnel, je tiens à saluer ici le professionnalisme impressionnant des équipes du Cerep, leur engagement sans faille ainsi que leur éthique du savoir et leur éthique du sujet qui, bien sûr, ne sont pas toujours facilement superposables.

La solidarité, l’entraide entre collègues et l’endurance partagée ont été des atouts majeurs du Cerep dans cette période si étrange et si douloureuse.

Certains établissements ont eu du mal à reprendre le cours de leurs fonctionnements habituels, certains projets ont dû être ajournés ou abandonnés, mais la vie continue et nous aurons à élaborer dans l’après-coup quelque chose de ces événements collectifs.

Sur le plan sociétal enfin, je voudrais faire trois remarques.

Tout d’abord, la problématique de la prime Ségur démontre l’inanité absolue du clivage entre le sanitaire et le médico-social, monstruosité administrative qui fait fi du soin psychique en tant que tel. Il faudra bien qu’un jour, nos instances de tutelle administratives, financières et politiques finissent par s’en rendre compte et par en tenir compte.

 

Par ailleurs, la vie de nos établissements s’inscrit sur le fond d’une crise sans précédent de la pédopsychiatrie que je constate très directement en tant que conseiller-expert du groupe de travail de la Cour des Comptes depuis janvier 2022, groupe coordonné par Mme J. Méadel en vue de l’écriture d’un rapport qui sera déposé en juin 2022 sur « L’offre de soins en pédopsychiatrie ».

Nous avons vu par exemple que l’impossibilité d’hospitaliser à temps des patients qui le nécessitent est une honte absolue pour notre discipline. Cet échec inadmissible, nous l’avons hélas vécu, a des conséquences catastrophiques et dramatiques pour les patients, conséquences qui font aussi figure de traumatisme violent pour chacun d’entre nous.

Nous allons tous ensemble avoir à faire entendre que nos dispositifs de soin doivent être massivement redotés et repensés à l’aune d’une pédopsychiatrie qui puisse retrouver sa dignité, c’est-à-dire ses dimensions d’accessibilité, d’équité démocratique et de prévention.

L’importance de la spécialisation ne doit pas nous faire perdre de vue celle d’une approche généraliste seule à même de garantir l’approche unifiée de l’enfant, de sa famille et de leur environnement mais je suis personnellement persuadé que, d’une certaine manière, une approche généraliste de qualité est en fait une forme particulière de spécialisation.

 

Nos établissements médico-sociaux auront à prendre ici une place décisive.

Enfin, il y a la question des liens qui ont été, bien entendu, si profondément perturbés par la pandémie.

La distanciation des liens ne doit pas nous amener à une sorte d’idéalisation du « sans contact ».

La pédopsychiatrie ne se fera jamais entièrement par Zoom, espérons-le, et ceci quelles que puissent être les économies issues d’un éventuel renoncement au présentiel…

Mais le problème est plus large encore dans la mesure où le lien social est de fait le ciment de toute société.

L’absence de lien n’est en rien synonyme de liberté dont les liens sont au contraire la condition première.

Qui dit absence de lien, dit a-liénation.

Cela étant, nous avons éprouvé à quel point un juste positionnement est difficile à trouver entre confinement et liens forcés à la maison d’une part et perte des liens avec l’extérieur du fait de la pandémie.

J’ai alors à cœur de rappeler ici qu’à l’initiative des éditions « Les liens qui libèrent » (S. Marinopoulos et H. Trubert), un magnifique « Parlement des liens » a été organisé au Forum du Centre Pompidou à Paris les 5 et 6 juin 2021.

J’ai eu le plaisir et l’honneur[1] de participer à cette expérience de dialogue transdisciplinaire autour du concept de lien et lors des dialogues que j’ai eus avec Loïc Blondiaux (politologue) et Patrick Viveret (philosophe), je n’avais de cesse de penser aux équipes du Cerep et plus généralement à toutes les équipes pédopsychiatriques qui œuvrent inlassablement pour un soin psychique qui ne confonde pas le sujet de l’inconscient et du conflit intrapsychique et celui du néolibéralisme hélas surtout centré sur la concurrence interpersonnelle.

Alors comment rester optimistes ?

Le Cerep nous y aide et je veux saluer ici encore une fois la qualité du travail des équipes mais aussi celle de toute l’équipe du siège et de la direction générale qui nous est vitale et vitalisante.

Alors je ne sais pas vraiment de quel optimisme nous pouvons parler, mais je me souviens toutefois de cette belle phrase du président-poète Vaclav Havel que j’aime bien citer :

« Avoir de l’espoir ne signifie pas forcément que les choses iront bien mais qu’elles auront un sens ».

Vive le Cerep et vive la psychopathologie !

17 juin 2022

►►Consulter le rapport d'activité


[1] B. Golse et S. Marinopoulos, Du sujet humain, 171-175, In : Relions-nous ! La constitution des liens – L’an 1, Éditions Les liens qui libèrent (LLL), Paris, 2021