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Formation et recherche

21/10/2026

Quand le bébé fait peur : penser les émotions dans la rencontre

La peur chez le bébé est souvent abordée du point de vue de ce qu’il éprouve et de la manière dont il la manifeste. Mais une autre question mérite notre attention : le bébé peut-il aussi faire peur au professionnel qui l’accueille, l’observe ou prend soin de lui ?

Cette question, rarement évoquée, touche pourtant à une dimension essentielle du travail auprès des bébés : ce que la rencontre mobilise chez celui qui s’y engage.

Erika Parlato-Oliveira et Anouk Charon

Quand le bébé fait peur : penser les émotions dans la rencontre

Comment reconnaître la peur chez le bébé ? 

Un sursaut, un cri, un mouvement de retrait, un agrippement ou une modification du regard peuvent être interprétés comme des manifestations de peur. Pourtant, aucun de ces signes ne suffit, à lui seul, à identifier avec certitude ce que le bébé éprouve.

Une même manifestation peut prendre des significations différentes selon le contexte, l’âge et les caractéristiques individuelles.

Les recherches soulignent cette difficulté. LoBue et Adolph (2019) rappellent qu’il n’existe pas de consensus complet sur la définition de la peur et sur les critères permettant de l’identifier.

Observer le bébé suppose donc de distinguer ce que nous voyons de ce que nous interprétons. Regarder longuement un objet inhabituel peut traduire de la curiosité ou un effort de compréhension, et non nécessairement de la peur.

Cette prudence nous invite à ne pas enfermer trop rapidement les expressions du bébé dans des catégories prédéfinies.

Quand le bébé déstabilise le professionnel : inquiétude et émotions dans la relation

Un bébé qui pleure longuement, dont les réactions demeurent énigmatiques ou qui semble résister aux propositions qui lui sont faites peut susciter de l’inquiétude.

Le professionnel peut éprouver un sentiment d’impuissance, craindre de ne pas savoir répondre ou se trouver déstabilisé par une situation qui lui échappe.

Cette peur peut rester difficile à reconnaître et à exprimer. Elle peut se manifester par le besoin d’agir rapidement, de trouver une explication ou de reprendre le contrôle de la situation.

Il ne s’agit pas de considérer cette expérience comme une faute ou comme la preuve d’une insuffisance professionnelle.

La rencontre avec un bébé confronte chacun à l’incertitude et à des formes de communication qui ne passent pas par les mots.

Le bébé peut nous surprendre, nous inquiéter et mettre à l’épreuve nos repères.

Reconnaître cette possibilité, c’est ouvrir un espace de réflexion sur la rencontre elle-même.

Peur du bébé et émotions du professionnel : distinguer observation et interprétation

La peur du professionnel et la peur attribuée au bébé ne doivent pas être confondues. Un bébé qui détourne le regard n’a pas nécessairement peur ; un professionnel qui se sent inquiet ne dispose pas, pour autant, d’une preuve que le bébé éprouve la même émotion.

Cependant, ce que le professionnel ressent peut devenir un point de départ pour interroger ses propres représentations, ses attentes et les difficultés particulières de la situation.

Ces éprouvés ne révèlent pas directement ce que vit le bébé, mais ils peuvent inviter à observer autrement, à reprendre le déroulement des interactions et à confronter plusieurs hypothèses.

Le bébé participe activement à la rencontre. Ses gestes, son regard, sa voix et ses mouvements prennent sens dans un environnement auquel il contribue, sans que l’adulte soit le seul interlocuteur ni l’unique déterminant de son expérience.

Accompagner les émotions dans la relation avec le bébé : transformer le trouble en réflexion clinique

Face à une situation qui inquiète, prendre le temps d’observer, de suspendre momentanément son interprétation et d’échanger avec d’autres professionnels peut permettre de mieux comprendre ce qui se joue.

Les espaces de réflexion clinique, de supervision et de travail collectif offrent la possibilité de reconnaître les émotions suscitées par la rencontre et de les élaborer.

La compétence professionnelle ne consiste pas à ne jamais éprouver de peur. Elle réside aussi dans la capacité à reconnaître ce qui nous déstabilise, à le penser et à éviter que cette émotion ne détermine, à notre insu, notre manière d’entrer en relation avec le bébé.

Observer et comprendre les émotions du bébé : l’approche du Babylab Cerep-Phymentin

Au Babylab Cerep-Phymentin, cette réflexion rejoint une question centrale : comment observer et comprendre le bébé dans la pluralité de ses expressions, sans réduire celles-ci à des catégories préétablies ?

Et si mieux connaître le bébé exigeait aussi de penser ce qu’il nous fait éprouver ? 

La question de la peur ouvre ainsi un double chantier : comprendre les manifestations du bébé dans les situations qui peuvent l’inquiéter, mais aussi reconnaître ce que sa présence suscite chez les professionnels.

Dans cet espace d’incertitude, l’observation, la recherche et le travail collectif permettent de transformer le trouble en une occasion de penser, ensemble, la singularité de chaque rencontre.

Pour aller plus loin : référence scientifique

LoBue V, Adolph KE. Fear in infancy: Lessons from snakes, spiders, heights, and strangers. Dev Psychol. 2019 Sep;55(9):1889-1907. doi: 10.1037/dev0000675. PMID: 31464493; PMCID: PMC6716607.

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