Synthèse des réponses apportées par chacun, chacune :
Le silence ne dit rien, dit-on.
Mais à l’écouter de près, il murmure partout.
Il commence souvent comme une promesse.
Un espace qui s’ouvre.
Quelque chose qui ralentit.
Viennent alors la réflexion, la paix, le ressourcement.
Une respiration qui se fait plus audible, presque plus dense.
On entend le cœur. On perçoit autrement.
Le monde ne disparaît pas : il s’affine.
Il y a dans certains silences une forme de plénitude.
Un recueillement discret, une méditation sans effort.
Comme un coucher de soleil que l’on regarde sans parler,
ou le ronronnement d’un chat qui suffit à habiter la pièce.
Le silence ne manque de rien.
Mais il suffit de peu pour qu’il bascule.
Quelque chose se tend.
Une inquiétude s’installe, presque imperceptible.
Le silence se remplit de ce qui ne se dit pas :
les non-dits, les émotions retenues, la colère interne,
les mots qui restent au bord.
Il devient attente.
Menace.
L’annonce d’une tragédie.
Le silence devient seuil.
Il ouvre sur l’inconnu, sur l’absence, sur le vide.
Et puis il y a l’Autre.
Celui qui ne parle pas.
Celui qui se tait trop longtemps.
Celui dont le silence nous échappe.
Surgissent les questions :
Que pense-t-il ? Que cache-t-il ?
Pourquoi ne dit-il rien ?
Le silence inquiète, éloigne, fait tourner en rond.
On regarde l’horloge. On cherche un signe.
Dans notre travail, nous apprenons à faire avec lui.
À le laisser advenir quand il le faut.
Quand quelqu’un parle.
Quand il faut écouter.
Quand il s’agit de respecter, de contenir, de ne pas envahir.
Il y a un silence juste,
celui qui soutient sans prendre la place.
Mais il y a aussi celui qui résiste.
Se taire quand on est en désaccord.
Se taire face à l’injustice.
Se taire quand quelque chose déborde.
Alors le silence devient effort.
Presque lutte.
Entre ce qui devrait être dit
et ce qui ne peut pas encore l’être.
Peut-être que le silence n’est jamais ce que l’on croit.
Ni vide, ni simple pause.
Il est fait de tout ce qui circule sans se voir.
De tout ce qui insiste sans se dire.
De tout ce qui cherche une forme.
Le silence n’est pas l’absence de parole.
Il en est l’épaisseur.
Et parfois,
il en dit plus que les mots.