Établissements

29/04/2026

Les gros mots

Par Olivier Duris, psychologue clinicien et Natacha Lesage, hôpital de jour André Boulloche, à l’occasion de la journée associative Cerep-Phymentin 2026.

À l’occasion de l’atelier sur les gros mots, nous avons proposé une réflexion autour des injures, jurons et insultes, en croisant les approches linguistique, sociale et psychanalytique.

Les gros mots

Des phénomènes complexes

Plutôt que de considérer les insultes comme de simples débordements à corriger, nous avons cherché à les penser comme des phénomènes complexes, situés à l’articulation du langage, du corps et du lien à l’autre.

Dire « merde ! » ou « putain ! » ne relève pas seulement d’un contenu de sens, mais engage une manière de faire avec une tension, une excitation, voire même parfois une difficulté à verbaliser les choses autrement.

L’insulte agit, touche, fait réagir, ce qui en fait un objet clinique particulièrement pertinent à étudier.

Chez les adolescents, ces usages prennent une place particulière.

Le langage ordurier y circule entre jeu, provocation et appartenance groupale.

Il permet, bien évidemment, de tester les limites du cadre, mais également d’affirmer une identité ou une appartenance à un groupe, tout en tenant à distance certaines angoisses liées aux transformations pubertaires.

Loin d’être seulement une dégradation du langage, il constitue une tentative de mise en forme de ce qui déborde.

Enfin, dans le travail en psychiatrie infanto-juvénile, les gros mots révèlent une dimension de plaisir liée à leur profération.

Quelque chose se joue dans la bouche, dans la sonorité, dans le fait même de dire. Cette « jouissance orale » se double souvent d’un effet sur l’autre : le mot provoque, fait réagir, met en mouvement.

Dans certains cas, il constitue même un premier accès à la relation.

Nous avons illustré ces questions à partir de plusieurs situations cliniques, dont quatre cas présentés lors de l’intervention.

Nous avons également fait entendre des extraits audio enregistrés avec une dizaine de jeunes de l’hôpital de jour André Boulloche.

Ces enregistrements donnaient à entendre leur rapport aux gros mots, mais aussi le plaisir manifeste qu’ils prennent à les dire !

Ces éléments nous ont conduits à interroger nos pratiques : que faire de ces mots en institution ?

Comment les accueillir sans les valider ?

Cette intervention se voulait aussi une ouverture à la discussion avec les professionnels présents, autour de leurs propres expériences et de la manière dont chacun travaille, au quotidien, avec ces manifestations de la vie psychique.

Nous avons fait le choix de ne pas diffuser ici le texte complet de cette intervention, dans la mesure où celui-ci fait actuellement l’objet d’un travail en vue d’une publication dans une revue.